Réforme du label : l’heure des choix

Entre exigence d'excellence et nécessaire évolution : le Réseau face à son destin

Alexandre BOUNOUH, Président du Réseau des Carnot et Directeur général du Carnot CEA LIST, revient sur une période charnière : de l'annonce de juin 2025 à la fin de l'année, le réseau a dû construire une réponse collective, mesurée et déterminée. Retour sur six mois de mobilisation pour l'avenir du dispositif Carnot. Entretien.

L’année 2025 restera comme celle d'un changement important pour le monde de la recherche partenariale. L’annonce, par la Direction Générale de la Recherche et de l’Innovation (DGRI) le 18 juin dernier, d’une réforme profonde du dispositif et du lancement d’un nouvel appel à candidatures, a agi comme un catalyseur. Loin d’être un simple ajustement administratif, ce tournant nous a forcés à une introspection collective : comment préserver l’ADN "Carnot" — cette culture du résultat et de l'impact industriel — tout en acceptant de repenser nos contours ?

Le 18 juin 2025, lors du séminaire des Carnot à Montpellier, la DGRI annonce l'abandon de l'appel à relabellisation Carnot 5 et l'élargissement de l'abondement à l'ensemble des tutelles. Quel a été votre état d'esprit à cet instant ?

Alexandre BOUNOUH — Nous étions en pleine assemblée générale, mobilisés pour renforcer la recherche partenariale au service de l'industrie, et cette annonce tombait à rebours des recommandations formulées après l'audit du dispositif conduit quelques mois plus tôt. Le rapport IGF-IGESR-CGE, publié en janvier 2025, avait pourtant salué le label comme un outil « visionnaire », souple et efficace. Nous partagions un certain nombre de ses conclusions. Le caractère soudain du calendrier et la portée des décisions prises ont constitué un double défi pour nos équipes. Néanmoins, la taille et la maturité de notre réseau nous invitent aujourd’hui à dépasser ce moment de surprise pour nous projeter rapidement vers l’avenir. Très vite, nous avons choisi de transformer cet élan émotionnel en énergie constructive.

« Faire signer cette tribune par les tutelles — universités, organismes de recherche — et par nos partenaires industriels, c'était démontrer que les inquiétudes dépassaient le seul réseau des Carnot. C'était surtout rappeler que le modèle repose sur une relation de confiance construite dans la durée…  »

La réponse du réseau a pris la forme d'une tribune publiée le 17 juillet 2025, portée par les directions des Carnot et co-signée par les tutelles et les entreprises partenaires. Pourquoi ce format ?

A.B. — Parce que nous voulions que le message soit entendu pour ce qu'il était : non pas une protestation corporatiste, mais un avertissement étayé, collectif et transversal. Faire signer cette tribune par les tutelles — universités, organismes de recherche — et par nos partenaires industriels, c'était démontrer que les inquiétudes dépassaient le seul Réseau des Carnot. C'était surtout rappeler que le modèle repose sur une relation de confiance construite dans la durée, et que cette confiance ne résiste pas à des règles du jeu changeant du jour au lendemain. Le message de fond était clair : l'annulation de l'appel à relabellisation et l'ouverture de l'abondement à l'ensemble de la recherche publique conduisent mécaniquement à diluer le dispositif. Cela aurait cassé la dynamique d'investissement dans la durée que les entreprises attendent de nous.

Avez-vous le sentiment d'avoir été entendus ?

A.B. — Le dialogue ne s'est jamais interrompu. Les mois suivants ont permis des échanges avec le ministère et ses services sur les points les plus saillants. L'appel à candidatures Carnot 2026 a finalement été lancé en novembre 2025. Ce que je retiens de cette période, c'est que la mobilisation collective a eu de la valeur. Nous avons privilégié une démarche constructive et rigoureuse, fondée sur des arguments solides.

Que retenez-vous de cette séquence pour l'avenir du dispositif ?

A.B. — Cette réforme comporte des aspects positifs. L’ambition d’élargir le réseau, de décloisonner nos approches et de professionnaliser de nouveaux acteurs de la recherche partenariale va indéniablement dans la bonne direction. Nos réserves portaient essentiellement sur les modalités de mise en œuvre et sur la nécessité de préserver la concentration des moyens financiers pour garantir leur impact. On ne peut pas ouvrir le dispositif à davantage d'acteurs avec une enveloppe constante sans affaiblir ceux qui font déjà leurs preuves. La boussole reste la même : l'excellence scientifique et le professionnalisme de la relation contractuelle. Si le cadre change, la mission fondamentale, elle, ne change pas. Stimuler l'économie par l'innovation technologique, être le partenaire de confiance des entreprises, des TPE aux grands groupes — c'est ce pour quoi le label Carnot a été construit en 2006, et c'est ce que nous défendrons dans les prochaines étapes de cette transition.

Alexandre Bounouh
Alexandre Bounouh
président du Réseau des Carnot et directeur général du Carnot CEA LIST

« Ce que je retiens de cette période, c'est que la mobilisation collective a eu de la valeur. Nous n'avons pas crié, nous avons argumenté. Et les arguments tenaient. »