Du laboratoire à l'industrie : Comment le Groupe Ducerf réinvente la construction en chêne

Interview de Thibault CHASTAGNIER, directeur technique du Groupe Ducerf

Pouvez-vous présenter le Groupe Ducerf et votre activité ?

Thibault CHASTAGNIER — Le Groupe Ducerf est une entreprise familiale implantée en Bourgogne, spécialiste des bois feuillus depuis 1885. Nous maîtrisons toute la chaîne de transformation, de la première à la seconde transformation, avec une expertise particulière sur le chêne et ses usages en aménagement comme en construction.

Comment est née la collaboration avec la recherche publique ?

T.C. — La démarche s’est construite dans la durée, au sein d’un projet collectif porté par l’association Bois Croisés de Bourgogne. Nous avons travaillé avec le laboratoire LaBoMaP membre du Carnot ARTS, dans une logique de co-construction, pour faire avancer la faisabilité technique et économique des panneaux lamellés-croisés en chêne.

Concrètement, comment s’est organisée cette coopération ?

T.C. — La collaboration a combiné expertise scientifique, essais, mise au point de procédés et validation progressive des solutions. C’est ce qui fait la force d’un partenariat avec la recherche publique : on ne se contente pas d’une intuition industrielle, on la sécurise, on la structure et on la transforme en solution industrialisable.

Intérieur bois d'une maison

Qu’a apporté ce partenariat à l’entreprise et au collectif ?

T.C. — Il nous a permis de franchir des étapes décisives sur un sujet complexe, avec des réalisations concrètes comme la rénovation du lycée Camille du Gast à Chalon-sur-Saône, qui a servi de démonstrateur. Au-delà du cas d’usage, cela a crédibilisé toute une filière et montré qu’une ressource locale, longtemps sous-valorisée, pouvait répondre à des enjeux de construction durable.

En quoi la recherche publique a-t-elle été déterminante ?

T.C. — Elle apporte un cadre de travail exigeant, une méthode et une capacité d’analyse que l’entreprise seule ne peut pas toujours mobiliser au même niveau. Dans notre cas, cette complémentarité a été essentielle pour lever les freins techniques, objectiver les résultats et convaincre les acteurs de la filière comme les donneurs d’ordre.

Quels résultats retenez-vous aujourd’hui ?

T.C. — Le premier résultat, c’est la démonstration qu’une filière locale peut innover sur des produits à forte valeur ajoutée. Le deuxième, c’est la dynamique collective créée autour de Bois Croisés de Bourgogne, qui a rassemblé industriels, chercheurs et partenaires publics dans une logique très concrète d’innovation utile.

Que diriez-vous à une PME qui hésite à travailler avec la recherche publique ?

T.C. — Je lui dirais que c’est un investissement stratégique, pas un détour. Travailler avec la recherche publique permet de prendre du recul et de bénéficier d’un accompagnement très pointu sur des sujets essentiels pour l’avenir de l’entreprise, comme le développement de nouveaux produits ou la modernisation des outils de production. Ce regard extérieur est particulièrement précieux dans un contexte de plus en plus mouvant, entre l’évolution de la demande, les effets du changement climatique sur la qualité de la ressource en bois et les difficultés de recrutement.

Quel message souhaitez-vous adresser pour conclure ?

T.C. — Je souhaite dire qu’il ne faut pas avoir l’a priori que le monde de la recherche publique est réservé aux grands groupes ou aux startup techno. Les laboratoires de recherche français peuvent répondre à certaines de nos problématiques concrètes. Bien sûr, cela suppose de se questionner et de définir des objectifs partagés clairs dès le départ, mais le jeu en vaut la chandelle. Quand une PME s’adosse à la recherche publique, elle peut obtenir un avantage compétitif, créer de nouveaux usages tout en consolidant la souveraineté des filières françaises.

Portrait de Thibault Chastagnier

Thibault Chastagnier

« Il ne faut pas avoir l’a priori que le monde de la recherche publique est réservé aux grands groupes ou aux start-up techno. Quand une PME s’adosse à la recherche publique, elle peut obtenir un avantage compétitif, créer de nouveaux usages tout en consolidant la souveraineté des filières françaises. »